Projet 6

Dynamiques interscalaires de l’innovation responsable


Sur le plan conceptuel, l’innovation responsable (IR) est définie comme l’ensemble des pratiques managériales, des routines organisationnelles et des processus d’affaires visant à « prendre soin de » l’avenir (traduit de : care for the future) en contexte de développement de technologies avancées (Stilgoe et al., 2013). Du point de vue de la recherche en sciences sociales, elle pose la question de la gouvernance des sciences et des technologies. En pratique, l’innovation responsable se traduit et s’observe toutefois très diversement, et le plus souvent indirectement, par le biais de vocables plus communs qui renvoient au développement durable, à l’acceptabilité sociale, à la responsabilité environnementale, etc. À travers eux, l’innovation responsable fait miroiter la possibilité de concevoir et d’opérationnaliser l’innovation technologique de manière à l’orienter vers des objectifs sociaux, éthiques et démocratiques, plutôt qu’uniquement économiques. Cette opérationnalisation de l’IR se déploie à de multiples échelles, allant du niveau macro des politiques publiques au niveau méso des écosystèmes d’innovation, jusqu’au niveau micro des pratiques généralisées au sein de laboratoires ou d’organisations. À chaque niveau, les acteurs individuels (p. ex. des employés) interprètent les discours de l’IR à travers des logiques institutionnelles qui structurent leurs actions. Ces interprétations entrent parfois en contradiction, créant des inconforts, voire des dissonances pour les acteurs individuels au sein des organisations.

En examinant la manière dont ces acteurs interprètent l’IR à différentes échelles (supra-organisationnelle, organisationnelle et individuelle), ce chantier vise à éclairer les dynamiques interscalaires de l’IR et à documenter les racines des inconforts vécus par les individus membres d’organisations œuvrant dans le secteur québécois de la micro-électronique. Sans présupposer du potentiel transformateur de ces inconforts pour les organisations de ce secteur, il s’agit d’analyser empiriquement la manière dont les acteurs les qualifient et y répondent, tout en ouvrant une réflexion plus large sur le rôle qu’ils peuvent jouer (ou non) dans l’opérationnalisation d’une IR fondamentalement transformative.